Jules Vernes en avance sur son temps :
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Pour avoir étudié la Géographie pendant cinq années à l’Université, relire Jules Verne (1828-1905) constitue un véritable bonheur, tant les notions (ou concepts) d’espace et de temps sont centrales dans l’œuvre de ce dernier. Or, outre les quatre-vingts romans qu’il a publiés, Jules Verne est aussi l’auteur d’une Géographie illustrée de la France et de ses colonies (1868) et d’une Histoire des grands voyages et des grands voyageurs (1878). Partant de là, il n’est pas étonnant de retrouver constamment les dimensions spatiales et temporelles dans ses différents romans, auxquelles il faut ajouter une capacité d’imagination et d’anticipation très importante, mais tout aussi surprenante. Jules Verne a pu anticiper, par exemple, le voyage vers la lune !
Voyage au centre de la terre (1864) : un voyage dans le temps.
Voyage au centre de la terre (1864) constitue un bon exemple de mélange entre réalisme et imaginaire. Plus qu’un voyage au centre de la terre, il s’agit d’un voyage dans le temps que nous propose l’auteur. Se retrouvant à 120 kilomètres sous terre (environ), les héros découvrent un univers totalement différent de celui qu’ils ont quitté, où l’ " habiter " correspond beaucoup plus, a priori, à celui des époques préhistoriques et antédiluviennes, qu’à celui de la fin du 19° siècle. La description du voyage en lui-même représente l’essentiel du roman (soit un peu moins des 2/3), où nous observons une très forte corrélation entre la distance parcourue à l’intérieur de la terre et le retour dans le temps. La narration sous forme d’un carnet de bord, décrivant scrupuleusement les différentes couches géologiques rencontrées, confère au récit une crédibilité tout à fait honnête, même si parfois certains passages manquent de cohérence et de réalisme par rapport à l’ensemble du texte...La dialectique de l’espace et du temps est donc ici au cœur du roman. Jules Verne y fait preuve d’une connaissance solide et précise du vocabulaire géologique et minéralogique, les descriptions qu’il donne des roches et des minéraux étant tout à fait conformes à la réalité.
Néanmoins, il s’agit cependant plus d’une
réalité théorique que d’une réalité pratique, la structure géologique de
la terre n’étant actuellement réellement connue que sur une quinzaine de kilomètres
de profondeur, le reste n’étant qu’extrapolations et suppositions de la part
des géologues et des géophysiciens (par l’étude de la propagation des
ondes sismiques).
VOYAGE AU CENTRE DE LA TERRE ET DANS LE TEMPSCe voyage au centre de la terre constitue aussi un voyage dans le temps, un retour dans le passé. Pour ce faire, Jules Verne procède, entre autre et pour ce qui nous intéresse, par l’explication et la description des différentes couches géologiques qui se succèdent le long du périple des voyageurs : il s'agit du principe même de la stratigraphie. Plus les héros s'enfoncent vers le centre de la terre, plus ils remontent le cours du temps, partant des origines du monde pour arriver à l'apparition de l'homme. Ce procédé permet ainsi de crédibiliser le voyage en s'appuyant sur des bases scientifiques. Le cratère et le conduit du volcan par lesquels s'effectue la descente, constituent alors une formidable machine à remonter le temps.
Le monde de Jules Verne est clos, fermé, limité dans l’espace (et dans le temps ?). La recherche du centre de la terre est aussi la recherche d’un " point zéro ", source de l’origine du monde. Or les héros de Jules Verne n’atteignent pas ce point de départ qui constitue aussi un point d’arrivé (celui du voyage). Car la science physique et géologique de cette fin de 19° siècle ne permet pas de préciser exactement la structure interne du globe, et donc de permettre aux explorateurs d’aller jusqu’au bout de leur objectif. Jules Verne s’en sort alors par une astuce très subtile : les héros se retrouvent à la fin de leur parcours expulsés par un volcan en éruption, et atterrissent finalement en Italie, le berceau même de la civilisation gréco-romaine. Or cette civilisation gréco-romaine se croyait, il y a deux millénaires, au centre du monde et au centre de la terre (ce géocentrisme était flagrant dans les cartographies contemporaines, plaçant le domaine méditerranéen au centre du monde, tel que conçu et imaginé par les érudits de l’époque). D’autre part, rappelons aussi que pour bon nombre de scientifiques, l’apparition de la vie sur terre tire une partie de ses origines de la combinaison des éruptions volcaniques, de l’eau, des météores (d’origine extra-terrestre). Source Lionel Dupuy - Site : http://perso.wanadoo.fr/jules-verne
Jules Verne, l'homme et la terre. La mystérieuse géographie des Voyages Extraordinaires.
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